-XIXe s=siècle de l'industrialisation.
L'Allemagne est un des moteurs de l'industrialisation.

-Naissance de nouvelles idéologies :
-libéralisme,
-socialisme.
Le libéralisme réclame un "laissez faire" individuel.
Le socialisme défend une vision égalitaire de la société et demande une régulation.
Le terme de socialisme recouvre plusieurs courants de pensée et plusieurs mouvements politiques.
-Le socialisme devient une force politique et sociale majeure car il propose de transformer politiquement et socialement une société perçue comme inégalitaire.
Deux méthodes de transformation de la société se concurrencent et donnent naissance à deux courants socialistes :
-le socialisme révolutionnaire,
-le socialisme réformiste.
Pb : Comment se structure le socialisme allemand ? comment s'adapte-t-il ?
I. 1875-1914 : Naissance et affirmation du socialisme.
-L'industrialisation donne naissance à une nouvelle catégorie sociale : les ouvriers d'usines.
Ceux-ci sont amenés à changer de cadre de vie (exode rural/émigration), sont mis en concurrence les uns les autres (bas salaires), sont cantonnés à des tâches manuelles répétitives (OST).
Les ouvriers ont le sentiment d'être exploités.
Les ouvriers partagent ce sentiment avec les mineurs et les domestiques.
La "classe ouvrière" est donc un groupe divers dont l'unité est fondée sur le sentiment d’être exploité.
Otto Griebel, membre du KPD à partir de 1919, L'Internationale, peinture de 1928.
-1848 : Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) rédigent le Manifeste du Parti Communiste.

Texte : http://jmgleblog.eklablog.com/etude-extrait-du-manifeste-du-parti-communiste-a130033780
Ils décrivent la société comme celle de la "lutte des classes" entre la bourgeoisie et le prolétariat.
Ils décrivent l'histoire comme l'affrontement permanent entre ces groupes.
Ils défendent l'instauration d'une société "communiste" sans classe sociale.
1867 : Marx publie Le Capital dans lequel il critique les contradictions du système capitaliste.

-Le socialisme se veut porteur d'une démocratie universelle, sur les plans politique, économique et social.
L’influence du socialisme se développe en Allemagne à partir des années 1860.
-Le premier courant est réformiste.
23 mai 1863 : Ferdinand Lassalle (1825-1864) fonde le premier parti socialiste allemand : l’Union générale des travailleurs allemands (ADAV).
Lassalle :
-veut améliorer la condition ouvrière par des réformes législatives,
-refuse l’idée d’expropriation.
Le programme de l’ADAV est critiqué par Karl Marx.
Dès 1871 : l’ADAV a 2 députés au Reichstag.
-Le deuxième courant est révolutionnaire.
August Bebel (1840-1913) et Wilhelm Liebknecht (1826-1900) :
-rejettent le réformisme de Lassalle,
-refusent la propriété privée.
-prônent la révolution.
7 août 1869 : August Bebel et Wilhelm Liebknecht fondent le Parti social démocrate des travailleurs (SDAP).
Le SDAP est un parti marxiste.
Le parti réclame :
-l'instauration du suffrage universel,
-un droit au référendum pour le peuple,
-la séparation de l’État et de l’Église,
-la liberté d'association, syndicale et de presse...
-Les socialistes sont divisés et ont du mal à défendre leurs idées face aux élites.
1867 : Instauration du suffrage universel.
Les deux partis décident de se rapprocher.
22 mai 1875 : Le Parti socialiste des ouvriers allemands (SAP) nait de la fusion de :
-l’Union générale allemande des travailleurs (ADAV),
-le Parti social-démocrate des ouvriers (SDAP).
=Premier grand parti socialiste d’Europe.

Le parti nait d'un compromis.
Son programme est critiqué par Karl Marx.
Etude : http://jmgleblog.eklablog.com/etude-le-programme-de-gotha-1875-a148792496
-Le développement du socialisme inquiète les élites politiques et économiques.
1877 : le SAP est le 4e parti du Reichstag.
-Octobre 1878 : Le chancelier Bismarck fait voter les lois « antisocialistes » (Sozialistengesetze) qui :
-interdisent toute propagande,
-suppriment les associations dont les syndicats et les journaux,
-forcent leurs dirigeants à l’exil.
-1883-1889 : Bismarck fait adopter d’importantes lois sociales :
-assurance-maladie (1883),
-assurance contre les accidents du travail (1884),
-assurance contre l’invalidité et la vieillesse fixant la retraite à 70 ans (1889),
+repos hebdomadaire (1891).
La stratégie de Bismarck est de lutter contre la diffusion des idées socialistes en satisfaisant certaines revendications.

Caricature anglaise. The Punch, 1878.
-L'adoption de ces lois n’empêche pas la progression des idées socialistes.
Les socialistes continuent de présenter des candidats aux élections locales et législatives.
La politique de Bismarck est un échec.
Mars 1890 : Bismarck est renvoyé.
30 septembre 1890 : Abolition des lois antisocialistes.
-1890 : Le SAP se réorganise en prenant le nom de SPD (Parti social-démocrate d’Allemagne/ Sozialdemokratische Partei Deutschlands).
Le SPD est divisé entre :
-partisans de l’action révolutionnaire : Rosa Luxemburg…
-réformistes : Eduard Bernstein…
1891 : Le SPD propose son programme à l'occasion du Congrès d'Erfurt.
-Les syndicats naissent dans les usines.
Ils ont pour fonction de défendre les intérêts matériels, psychologiques et moraux des ouvriers sur leur lieu de travail.
Il existe des syndicats par lieu de travail.
Progressivement, les syndicats se rassemblent par secteur d'activité.
-1878 : Les syndicats sont officiellement autorisés.
3 groupes :
-syndicats chrétiens,
-syndicats réformistes,
-syndicats marxistes révolutionnaires rassemblés à partir de 1892 dans la Commission générale des syndicats allemands (=57 organisations/300 000 adhérents).

-L'action syndicale se différencie de l'action politique.
Les ouvriers manifestent ou créent des émeutes.
Ex : émeutes ouvrières à Berlin le 25 février 1892.

Lithographie 19e s, coloriée. Neuruppiner Bilderbogen n°9070. Neuruppin, Heimatmuseum.
1902 : Les syndicats obtiennent les premières conventions collectives.
-Les syndicats diversifient leurs actions :
-Ils mettent en place des coopératives de consommation où les ouvriers s’approvisionnent au moindre coût.
-Ils créent des écoles et des institutions culturelles : chorales, bibliothèques, théâtres.
-Le syndicalisme devient de moins en moins révolutionnaire.
Le SPD contrôle les syndicats réformistes :
-Eduard Bernstein provoque la crise révisionniste.
1903 : le révisionnisme est condamné lors du Congrès de Dresde.
Mais le réformisme progresse.
-1912 : le SPD compte 1 M d’adhérents, obtient 35% des suffrages, 110 députés aux élections législatives.

Il est le premier parti du Reichstag même s'il reste dans l'opposition.
Le réformisme devient majoritaire/ Le SPD n’est plus un parti révolutionnaire.
II. 1914-1945 : Développement et mutations du socialisme.
1914 : Grandes grèves des mineurs, des métallurgistes et des ouvriers des chantiers navals.
Mais en 1914 : les Allemands acceptent l’Union Sacrée demandée lors de l’entrée en guerre.
Ils sont persuadés que l’Allemagne n’est pas l’agresseur.
Les ouvriers espèrent obtenir avantage de droits en soutenant le gouvernement.
4 août 1914 : Le SPD vote les crédits de guerre.

La "une" du Vorwärts du 4 août 1914 annonçant le vote unanime des crédits de guerre par les 110 députés du SPD
-1916 : Les pacifistes et internationalistes Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht (1871-1919) sont exclus du SPD.
Ils fondent la Ligue spartakiste (nom issu d’un esclave Spartacus qui s’est révolté à l’époque de la République romaine).
Affiche :
Les spartakistes réclament :
-l’arrêt des combats,
-la suppression du capitalisme,
-l’obtention du pouvoir par les ouvriers.
Luxemburg et Liebknecht sont emprisonnés de 1916 à 1918.
-A partir du 3 novembre 1918 : Les grands centres urbains connaissent des troubles révolutionnaires : Kiel, Hambourg, Munich...
Certains évoquent une "révolution allemande".
9 novembre 1918 : l'empereur Guillaume II abdique.
A deux heures d'intervalle :
-Philipp Scheidemann et Friedrich Ebert (SPD) proclament la RP.
-Karl Liebknecht proclame la République socialiste.
Le SPD veut une assemblée constituante.
-Les spartakistes :
-s’opposent à la RP des politiques,
-créent et animent des soviets dans les villes principales.
Décembre 1918 : Les spartakistes fondent le Parti communiste allemand (KPD).

Affiche de propagande spartakiste de 1919
-Le gouvernement de Friedrich Ebert se rapproche des autorités militaires.
6-13 janvier 1919 : semaine de heurts à Berlin.
Les corps francs constitués de soldats démobilisés répriment les mouvements.
1500 morts.
= « semaine sanglante ».

15 janvier 1919 : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont éliminés par des militaires en charge de leur arrestation.
-La République des politiques s'impose.
L’assemblée constituante s’installe à Weimar.
Le SPD participe à la fondation de la République.
Friedrich Ebert (SPD) devient président de la République.
La République parlementaire est un régime de compromis avec 3 forces principales :
-les catholiques du Zentrum,
-les libéraux,
-le SPD.
Le SPD est le principal parti de gouvernement de la République de Weimar.
Le SPD (1M d'adhérents en 1930) désigne le KPD (300 000 membres) comme son principal opposant.

Lithographie de 1920. © Deutsches Historisches Museum, Berlin
-Le SPD œuvre pour l'adoption de réformes sociales :
-adoption du droit de vote des femmes dès 1918,
-nationalisations de certains secteurs industriels,
-obligation des conventions collectives...
-Les partis politiques hostiles à la République progressent :
-la droite nationaliste refuse la défaite de 1918 et la République de Weimar,
-l’extrême gauche condamne les actions du SPD.

"Trahis par le SPD. Votez KPD !" - Affiche électorale 1928.
-Le SPD et le KPD s'affrontent.
Certains dirigeants du SPD espèrent que les nazis débarrasseront l'Allemagne du danger communiste,

Affiche électorale du SPD-1932.
Les membres du KPD espèrent que l'ambiance révolutionnaire leur sera favorable :

-La progression du NSDAP est sous-évaluée.
Elle bénéficie de l'opposition existante entre le SPD et le KPD.
1932 : Le NSDAP remporte les élections législatives.
30 janvier 1933 : Adolphe Hitler est nommé chancelier.
-Le NSDAP refuse toute idéologie qui divise la société et réprime toute opposition politique.
27 février 1933 : Incendie du Reichstag imputé aux communistes.
4000 militants sont arrêtés.
23 mars 1933 : Loi sur les pleins pouvoirs que le SPD est le seul parti à ne pas voter.
Mai-juin 1933 : interdiction des partis d’opposition et des syndicats.
Le Front allemand du Travail regroupe patrons et ouvriers.
2 janvier 1934 : Interdiction du droit de grève.
-8 mai 1945 : L'Allemagne nazie capitule.
III. 1945-1989 : Deux théories socialistes pour deux Allemagne.
1945 : Renaissances du SPD et du KPD.
La partition de l'Allemagne a un impact sur le devenir de ces deux partis.
-1946/Est de l'Allemagne : L'URSS impose la fusion du SPD et du KPD pour donner naissance au Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED).

"Union". Affiche est-allemande-1946.
-Ouest de l'Allemagne : les Etats-Unis soutiennent la restauration de la démocratie et s'opposent au développement du communisme.
Le SPD refuse la fusion.
1956 : Le Parti communiste est interdit.
-La RFA est une démocratie parlementaire intégrée au bloc de l'Ouest.
-1949-1959 : Le SPD décline.
Le SPD perd ses militants :

Les réformistes veulent transformer le parti afin d'attirer les nouvelles catégories sociales.
-Le syndicat DGB (1/3 des salariés allemands) est très puissant.
Il revendique le principe de cogestion/codétermination.
21 mai 1951 : La loi autorise le principe de cogestion dans les entreprises minières et sidérurgiques.
1952 : La loi étend ce principe à toutes les entreprises.
-Novembre 1959 : Le SPD organise le congrès de Bad-Godesberg.
Le SPD renonce au marxisme et accepte la démocratie libérale et le capitalisme.
Le SPD ne se présente plus comme un parti de classe mais comme un parti populaire.
-L'évolution du SPD est contestée.
1960s : L’APO (Ausserparlementarische Opposition) récuse l’abandon du marxisme.
A partir de 1968 : La Fraction armée rouge multiplie les actions violentes.
-Mais ce choix est favorable au SPD qui exerce le pouvoir avec la CDU de 1966 à 1982.
2 membres du SPD deviennent chanceliers :
-1969 : Willy Brandt (SPD) devient chancelier. Il lance l’Ostpolitik qui est une politique de reconnaissance mutuelle entre la RFA et la RDA.
-1974 : Helmut Schmidt (SPD) lui succède.
Le SPD mène des réformes importantes :
-1976 : la loi instaure le principe de cogestion paritaire appliqué à toutes les entreprises de plus de 2000 salariés.

-mesures améliorant la protection sociale.
1982 : le SPD passe dans l’opposition face à une coalition CDU-libéraux.
-La RDA est un État socialiste influencé par le modèle soviétique.
Les constitutions de 1949 (qui garantit 2 assemblées) puis de 1968 (une Assemblée du Peuple) reconnaissent les libertés individuelles fondamentales mais le SED est le parti unique.

Affiche 1950.
La propriété privée de la terre est progressivement supprimée.
Les travailleurs de la terre rejoignent des coopératives de production.
Les entreprises, les banques et les assurances sont nationalisées.
Le travail est organisé en brigades.
Les ouvriers sont rassemblés dans un syndicat unique : la Confédération des Syndicats libres d'Allemagne (FDGB).
Le droit de grève est supprimé.
Les inégalités augmentent mais il existe une forme d’acceptation du régime.
La police politique, la Stasi, surveille la population.
-1985 : L’annonce de la perestroïka est mal reçue par les dirigeants de RDA.
9 novembre 1989 : Le mur de Berlin s’effondre.
Photo de Patrick Piel/Gamma
Octobre 1990 : L'Allemagne est officiellement réunifiée.
Disparition du SED qui devient le Parti Socialiste Démocratique.
IV. 1990- : Les mutations spectaculaires du socialisme allemand.
La sociale démocratie est le modèle majoritairement adopté par les socialistes allemands.
1996 : Le syndicat DGB renonce officiellement à toute référence à la lutte des classes.
1998 : Le SPD allié aux écologistes revient au pouvoir.
Gerhardt Schröder est nommé chancelier.
-Schröder met en place la politique du "Neue Mitte" (=Nouveau Centre).
Il lance un ensemble de réformes libérales : "Agenda 2010".
Le gouvernement libéralise le marché du travail et diminue les dépenses sociales de l’Etat.
Ex : Les lois Hartz de 2003-2005 :
-réduction des indemnités,
-obligation faites d’accepter des emplois même moins qualifiés et moins rémunérés.
Les syndicats sont opposés à sa politique mais ne parviennent pas à l'enrayer.
Texte + : http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2013/10/04/cercle_81259.htm
-2004 : Le SPD connait une profonde crise interne.
La base électorale n'accepte pas le virage libéral entrepris avec Schröder.
2005 : Le SPD s’allie avec la CDU.
Schröder est remplacé au poste de chancelier par Angela Merkel (CDU).
-Les déçus de la social-démocratie se rassemblent.
16 juin 2007 : naissance du parti Die Linke.
Etude : Oskar Lafontaine présente le Die Linke
Die Linke apparait comme le seul parti d’opposition de gauche.
Il rassemble plusieurs courants : la "Gauche anticapitaliste", la "Gauche émancipatrice"...
Son influence se développe notamment dans l’ancienne RDA où règne une nostalgie du communisme.
Le parti obtient plusieurs succès électoraux en 2009 et 2010.
Les résultats chutent dès 2011.
-2009 : Le SPD réalise ses plus bas résultats électoraux et se retrouve dans l'opposition.
La social-démocratie allemande est en crise.
Les syndicats perdent des adhérents.
Certains théoriciens évoquent une évolution vers un social libéralisme.
-2013 : Le SPD est de nouveau allié à la CDU et revient au pouvoir.
Le SPD négocie l'instauration d'un salaire minimum.
-2017 : Le SPD semble connaître une nouvelle dynamique.
Le nouveau président du parti Martin Schulz (ancien président du parlement européen) critique la coalition SPD-CDU.
Le SPD annonce vouloir corriger les erreurs de Schröder.
Le SPD envisage une alliance avec Die Linke.
Résultats des élections fédérales de septembre 2017 :
Février 2018 : alliance CDU-SPD pour gouverner.
Lire : http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/09/berlin-une-coalition-pour-l-europe_5254277_3232.html
Jean-Marc Goglin