VERS UN NOUVEL ORDRE ECONOMIQUE MONDIAL ?
« Le « Nouvel ordre économique international » vit officiellement le jour lors de sessions spéciales des Nations unies : en mai 1974 naissent une déclaration sur son établissement et un programme d’action, puis en septembre 1975, une résolution sur le développement et la coopération économique internationale est approuvée sans opposition, mais non sans réserves fondamentales de la part de certains pays.
[…] (Les) pays pauvres [...] déclarent l’ordre économique actuel très inéquitable : les trois quarts des habitants du globe ne recevraient qu’un quart de ses revenus ; faute de contrôler la transformation, le transport et la distribution des produits qu’ils exportent, les pays du Tiers-Monde n’auraient touché l’an dernier– hors produits pétroliers– que 15 % des 200 milliards de dollars payés par les consommateurs, alors qu’un ordre économique plus juste leur aurait assuré jusqu’à cinq fois plus ; les pays capitalistes invoquent les principes du libre-échange, mais entraveraient par mille obstacles le libre mouvement des marchandises et des personnes, sauf celui de l’exode des cerveaux ; les termes des échanges évolueraient au détriment des pays pauvres, les prix des équipements industriels qu’ils doivent importer croissant plus rapidement que ceux des produits qu’ils exportent pour se les procurer ; les sociétés multinationales des pays industrialisés déjoueraient […] les impôts et les contrôles de changes des pays pauvres où elles opèrent […]
(T)ous les pays sont d’accord sur certains des principes du Nouvel ordre économique, tel le besoin pour le Tiers-Monde d’intensifier sa production alimentaire, celui de rendre moins volatiles les prix des matières premières, la nécessité de libérer certains échanges commerciaux et celle de mieux contrôler les sociétés multinationales. Il est clair aussi que les pays industrialisés n’ont pas rempli l’engagement pris aux Nations unies de consacrer, avant 1980, 0,7 % de leurs produits nationaux bruts à l’aide officielle au développement […]
(C)ertaines nations ou certains milieux économiques refusent par principe la position du Tiers-Monde et résistent à toutes mesures qui le favoriseraient : celles-ci ne contrediraient-elles pas une souveraineté dont ces pays sont si soucieux ? Les pays pauvres répartissent-ils équitablement au sein de leurs sociétés l’aide venue des pays industrialisés ? Pourquoi le Tiers-Monde aspirerait-il à un développement économique plus aisé que celui qui a pris deux siècles à l’Europe et à l’Amérique ? [...]Le Tiers-Monde a-t-il vraiment subi une exploitation coloniale qui exigerait réparation alors que la marge de profit des investissements n’aurait pas été plus élevée aux colonies qu’ailleurs ? Quant à la dégradation des termes de l’échange, elle ne serait pas démontrée sur des périodes assez longues pour être significatives.
Ces discussions de principe sont stériles : une politique internationale de solidarité économique, fondée ou non sur un idéal de justice et d’égalité, qu’elle répare ou non des injustices historiques, ne coïncide-t-elle pas avec l’intérêt à long terme de tous les pays, industrialisés ou non, tellement il est évident que dans un monde rétréci par la rapidité des communications et la nécessité des échanges, les privilèges d’une minorité d’un milliard d’habitants ne peuvent subsister paisiblement face à la marée montante de populations pauvres ? Il faudra pourtant résoudre de nombreuses différences de conception pour que s’établisse ce Nouvel ordre économique international.
« 1977 Développement du Tiers-Monde et nouvel ordre économique international » de Bernard Chadenet, dans Politique étrangère 2006/4, pages 917 à 925.
Questions : Pourquoi vouloir instaurer un Nouvel ordre économique ? Comment fonctionnerait-il ? Pourquoi certains Etats industrialisés s’y opposent-ils ? Pourquoi semble-t-il indispensable à mettre en œuvre ?