Étude :
https://jmgleblog.eklablog.com/2025/03/etude-juger-les-auteurs-de-genocide.html
Juger les criminels de guerre et les auteurs de crimes de masse ne relève pas de la justice ordinaire. Le document 1 est une photo prise à l’occasion des procès gacaca qui ont marqué l’après génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda. Le document 2 est un texte qui retranscrit une interview de Simone Veil, ancienne ministre française mais aussi ancienne déportée au camp d’Auschwitz, donnée à l’occasion du procès de Klaus Barbie qui se déroule à Lyon en 1983. Les procès sont l’occasion d’écouter les survivants et les témoins. Ils permettent, semble-t-il, de mieux comprendre les faits et d’apaiser les mémoires. Pourtant, si la photo montre la volonté rwandaise de juger les coupables, le texte témoigne de la difficulté de juger efficacement les coupables. Qu’en est-il ?
I. La justice contribue à une meilleure compréhension des faits et à un apaisement des mémoires :
Les tribunaux gacaca convoquent les accusés devant un jury constitué de sages. Les accusés sont obligés d’écouter les rescapés et doivent reconnaître leurs crimes devant les habitants du village. L’objectif est de construire un co-récit des événements et de permettre à chacun d’entendre le récit des rescapés. Ces tribunaux mélangent justice traditionnelle conciliatrice et justice transitionnelle. Leur objectif est de ressouder une société fracturée par ces crimes entre voisins. Les tribunaux ont permis de prononcer 1,6M de verdicts de culpabilité. Les tribunaux ont œuvré jusqu’en 2001.
Simone Veil évoque la réussite du procès d’Adolf Eichmann « maître d’œuvre de l’extermination » des Juifs et des Tziganes qui a eu lieu en 1961 à Jérusalem. Eichmann a été confronté aux rescapés, a été condamné à mort. Le procès d’un homme en apparence insignifiant a suscité des recherches et des analyses sur ce qu’Hannah Arendt a nommé ‘la banalité du mal’. Les témoignages ont mieux permis de comprendre les deux politiques nazies d’extermination : l’une contre les Juifs, l’autre contre les Tziganes. Ces politiques ont fait 6M de victimes.
II. Mais la justice suscite parfois aussi tensions et incompréhensions :
Simone Veil critique le procès de Klaus Barbie. Elle relève que Klaus Barbie, ancien chef de la gestapo de Lyon, est l’« assassin de Jean Moulin » et qu’il aurait dû être jugé comme tel. Reprenant les concepts créés à l’occasion des procès de Nuremberg de 1945-1946, elle distingue les crimes de guerre des crimes contre l’humanité. SV insiste sur le fait que KB ne pouvait être jugé pour ces deux types de crimes lors d’un même procès. Elle condamne la décision de « faire entrer l’action de Barbie contre les résistants dans la catégorie des crimes contre l’humanité ». Les Résistants sont des civils entrés en lutte contre les nazis, l’armée d’occupation et les collaborationistes. Les déportés dans les camps de la mort étaient des civils qui ne combattaient pas.
Simone Veil mentionne « une grande confusion » qui invite à atténuer ou à nier la spécificité des crimes contre l’humanité. Elle évoque « une différence de nature ». Le crime génocidaire n’a pas d’autre logique que « la volonté d’exterminer » une population pour la seule raison de son existence.
Simone Veil estime que l’impact de ce procès est négatif tant sur le plan historique que juridique. Elle regrette que « toutes les exactions de guerre » et les « répressions » puissent être assimilés « aux génocides commis par les nazis ». Elle distingue la logique de la mise en œuvre des génocides nazis de celle de la conduite de la guerre. La guerre est le contexte qui a rendu les génocides possibles en les dissimulant. Elle évoque un procès « absurde ». Pourtant KB est condamné à la prison à perpétuité.