Texte : https://jmgleblog.eklablog.com/2025/03/etude-le-repas-gastronomique-des-francais.html
Si la gastronomie est l’art de la bonne chère, elle se différencie de la simple l’alimentation par la mise en valeur des produits, l’art raffiné de la présentation du repas et l’ensemble des pratiques sociales qui l’entourent. La France se distingue particulièrement dans ce domaine. L’Unesco a inscrit la gastronomie française comme patrimoine immatériel de l’humanité. Le premier document est un texte qui présente la gastronomie française selon l’Unesco et qui justifie sa classification. Le second document est une photo de la table dressée dans la galerie des glaces du château de Versailles à l’occasion de la réception du roi d’Angleterre Charles III par le président de la République Emmanuel Macron, en septembre 2023. Quelles sont les caractéristiques de la gastronomie française qui lui ont permis d’être mondialement reconnue et comment la France utilise-t-elle cette reconnaissance pour développer une gastrodiplomatie ?
La gastronomie repose sur toute une préparation. Le repas est créé à partir d’« un choix attentifs des mets ». Il faut d’abord veiller à leur qualité et à leur provenance. Des labels, AOP, AOC, existent. Des produits « locaux » ou de saison sont le plus souvent choisis. Chaque région, bénéficiant de terroirs et de conditions climatiques différents, a ses spécialités. Certaines, comme la Bourgogne, sont particulièrement renommées. Le repas repose sur un équilibre des saveurs qui doivent « bien s’accorder ensemble ». La repas se prépare à partir d’« un corpus de recettes ». La réussite du repas repose donc aussi sur des savoirs et des savoir-faire.
Le repas suit un schéma bien établi » : « apéritif », « deux à quatre plats », « poisson », « viande » « avec des légumes », « fromage » et « dessert ». Certains plats français sont particulièrement renommés : la farandole d’œufs mimosas, le bœuf bourguignon ou le coq au vin… Le repas doit respecter « le mariage entre mets et vins ». Une viande blanche peut s’associer à un Bourgogne blanc. Un vin liquoreux peut accompagner le dessert. L’apéritif et le digestif témoignent de l’importance de l’alcool. La pratique du ‘trou normand’ est encore en vigueur lors des grandes occasions. Il s’agit de « bien manger » mais aussi de « bien boire ». La littérature, à travers le personnage de Gargantua, témoigne de ces pratiques. Le repas doit respecter le « plaisir du goût ». Le convive est un épicurien qui doit malgré tout contrôler ses excès.
La gastronomie repose donc sur une mise en scène du repas. La table dressée dans la galerie des glaces à l’occasion de la réception de Charles III montre une longue table dressée. Les assiettes, couverts et verres sont savamment posés. Les fourchettes sont à gauche. Les couteaux sont à droite. Les différents verres sont rangés par ordre de taille. Le plus grand, le verre à eau, se situe à gauche. Cet ordonnancement correspond à un code qui s’établit à la cour du roi de France, à partir de la Renaissance. Il n’est plus, aujourd’hui, question pour un convive de s’essuyer les doigts sur la nappe. Il doit montrer qu’il sait manier ses codes. Il doit savoir « humer » et « goûter » tout en respectant un art de la conversation qui évite les sujets susceptibles de froisser les autres convives : politique, religion...
La gastronomie est « une pratique sociale coutumière ». Elle relève d’une habitude, d’une pratique régulière. Rompre le pain ensemble montre un lien d'attachement. Les Français continuent de se réunir régulièrement en famille, notamment le dimanche, alors que d’autres sociétés ont abandonné cette habitude. Ils célèbrent aussi « les moments festifs » : « naissances », « mariages », « anniversaires »… Le repas resserre « les liens sociaux », qu’ils soient familiaux, amicaux ou diplomatiques. Le repas crée « une harmonie ».
La gastronomie permet de mettre en valeur la culture mais aussi la puissance du pays, au moins depuis les réceptions de Louis XIV, voire de Catherine de Médicis. La réception de Charles III est l’occasion de faire apprécier la cuisine française à un souverain francophile. Le cadre de réception n’est pas anodin. Le château de Versailles, et notamment la galerie des glaces, offre un cadre « royal » au dîner qui est l’occasion à la fois d’impressionner et de flatter Charles III tout en rappelant la grandeur passée de la France. Le repas resserre les liens diplomatiques et amicaux entre les dirigeants des pays. La gastronomie est un atout particulier dans l’exercice du soft power. Elle illustre une identité française qui se partage. Les chefs cuisiniers deviennent des ambassadeurs qui donnent le 'goût de la France'.
La gastronomie est donc un patrimoine. Des personnes « reconnues comme étant des gastronomes » veillent « à la transmission orale ou écrite ». Ces personnes peuvent être des professionnels mais aussi des anonymes amateurs de bonne chère. Le film d’animation Ratatouille montre un petit rat capable de revisiter une recette aussi simple que celle de la ratatouille et de rappeler un sentiment d’enfance chez le plus obtus des critiques gastronomiques. Aussi, les recettes traditionnelles se transmettent-elles de génération en génération, notamment grâce à l'enseignement des chefs étoilés, tels Alain Ducasse ou Paul Bocuse, mais aussi grâce aux recettes de ‘grand-mère’. Néanmoins la gastronomie française n’est pas figée. Tout au long de son histoire, elle a su intégrer des produits venus d’ailleurs : épices, café, chocolat…
Les deux documents justifient la classification de la gastronomie française comme patrimoine immatériel de l’humanité et montrent que la gastronomie française participe à son rayonnement culturel. La gastronomie française érige la pratique culinaire au rang d’« art ».
Jean-Marc Goglin